5 Spiderman A Colorier

5 Spiderman A Colorier –

Quand on est entrés chez Zone, près de la rue Cartier à Québec, mon chum s’est arrêté, les yeux ronds comme des billes, devant une table remplie de livres à colorier pour adultes. Derrière lui, une autre table et une étagère étaient remplies de titres. Quinze minutes plus tôt, je lui parlais de ce phénomène mondial et grandissant d’adultes qui s’étaient remis au coloriage ; il a hoché évasivement la tête, convaincu que cette tendance semi-obscure était pratiquée par des mères au foyer du Wisconsin en manque de sensations.

Coloriage Sur LaGuerche

Coloriage Sur LaGuerche | Spiderman A Colorier

Coloriage De Spiderman à Colorier Pour Enfants Coloriage Spiderman A Colorier

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5 Dessins De Coloriage Spiderman Gratuit à Imprimer Superhero Spiderman A Colorier

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Coloriage De Spiderman A Imprimer Coloriage Spiderman, Coloriage Spiderman A Colorier

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« Les livres à colorier ? C’est la folie depuis qu’ils sont rentrés au printemps », dit la caissière de la boutique d’accessoires de décoration en glissant dans un sac l’album à colorier rempli de dessins d’animaux (le moins cher du lot et par conséquent, le plus laid) que je venais d’acheter pour mieux comprendre l’engouement autour de cette activité que je n’ai pas pratiquée depuis que j’ai terminé mon secondaire.

Si les Québécois ont redécouvert leur boîte de Prismacolor ce printemps, c’est qu’ils sont emportés par une vague de couleurs qui a pris de la vigueur il y a quelques années en France. Casterman, Fizzi et Panama ont été les premières maisons d’édition à ouvrir le bal avec leurs cahiers de gribouillages, mais Hachette Pratique a vraiment créé un monstre avec son premier titre 100 coloriages antistress. Quand ils l’ont lancé en 2012, ils n’y croyaient pas trop : à ce jour, il s’est vendu à 3,5 millions d’exemplaires dans le monde. L’illustratrice britannique Johanna Basford en a rajouté en 2013 avec son Secret Garden (2 millions d’exemplaires vendus). La folie est telle que quand les livres de Basford sont en rupture de stock ou que ses « colorieuses » hyperventilent parce qu’elles sont incapables de partager sur son site Web le beau coloriage qu’elles ont fait avec leurs crayons « gel à paillettes », l’impliquée illustratrice doit aussitôt rassurer sa communauté Facebook, telle une maman bienveillante.

Les concours et les clubs de coloriage se multiplient, alimentés par les librairies et les boutiques de magazines, qui réservent des étals bien garnis à ce passe-temps lucratif. La vente de ces albums rivalise d’ailleurs férocement avec celles des livres de cuisine. Il y a quelques semaines, 8 des 20 meilleurs vendeurs de la section livre d’Amazon étaient des cahiers à colorier pour les grands — cette semaine, on en compte « seulement » 5. Et cet automne, des maisons d’édition québécoises feront paraître leurs premiers titres afin de toucher, eux aussi, au pot d’or qui pend au bout de l’arc-en-ciel.

Ce n’est pas nouveau que les adultes prennent plaisir à colorier des Spiderman et des princesses dans les cahiers de leur progéniture ou de leur neveu. Mais que des livres s’adressent particulièrement à eux, c’est nouveau. Évidemment, les réseaux sociaux ont favorisé l’explosion du phénomène. Pinterest, Instagram et Facebook sont les nouveaux frigos de nos parents, et les « like », l’équivalent du « Wow ! T’es vraiment bonne pour ne pas dépasser, ma chouette ! »

Coloriages De Spiderman Spiderman A Colorier

Coloriages De Spiderman Spiderman A Colorier | Spiderman A Colorier

Les mots magiques

Mais pourquoi les adultes achètent-ils ces livres ? Un billet du New Yorker s’est récemment penché sur le dossier de cet engouement de la génération Peter Pan, argumentant sur les bienfaits du jeu sur la santé mentale, avec le désir des adultes de s’évader dans les fantaisies enfantines que sont les livres à colorier et les camps de jour pour les grands, leur désengagement envers les activités qui demandent des efforts, mais aussi, les récessions, qui sont le moment parfait pour commercialiser des activités récréatives qui permettent aux malheureux d’échapper pendant quelques minutes à la dure réalité.

Mais l’un des attraits de ces livres à colorier réside aussi dans les mots magiques écrits en gros caractère sur la couverture. « Antistress ». « Art-thérapie ». « Zen ». Tout le marketing s’appuie sur cette prescription si recherchée par une société déprimée, médicamentée et incapable de se déconnecter. Alors que la détente par la lecture se fait de plus en plus sur un écran, le coloriage devient l’activité analogique bienfaisante par excellence. Un power nap mental.

Sur l’aspect « thérapeutique », Johanne Hamel, professeure en art-thérapie à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, fait une mise en garde. « En soi, cette activité n’est pas un antistress. Ça peut apaiser, mais c’est une stratégie purement marketing. Colorier n’a aucun lien avec l’art-thérapie », dans l’optique où rien n’est créé, contrairement au dessin, à la sculpture et aux autres arts visuels. La psychologue et psychothérapeute par l’art est d’ailleurs très surprise que la popularité du coloriage prenne autant d’ampleur. « Ça reste une activité qui a ses limites. Je pense que les gens vont éventuellement voir que le coloriage ne donne pas grand-chose. »

Anabelle Soucy-Côté, ex-libraire et fondatrice du site de littérature jeunesse Les p’tits mots-dits, voit quant à elle des bénéfices au coloriage. « C’est un moment où je mets mon cerveau à off. Tu peux être devant la télé, tu arrêtes de penser à ta fille qui t’a fait passer une journée de terrible two, tu arrêtes de penser à tes comptes à payer, et tu décroches en ne te souciant pas du détail. C’est même pas important que le coloriage soit beau », explique cette jeune maman, qui a une petite collection de livres à colorier personnelle qu’elle garde loin des mains de sa fille.

Tandis que pour Manon Chevalier, élégante dame sans enfant, elle s’est éprise du coloriage le mois dernier alors que le phénomène la laissait à première vue… dubitative. Cette journaliste qui collabore à Elle Québec avoue que sa nouvelle passion n’a rien à voir avec la détente. « Je sais que pour des gens, c’est très relaxant, parce que c’est une activité ludique et sans culpabilité. » C’est plutôt sa passion pour les illustrations, le graphisme et le design qui lui ont fait retrouver ce vieux plaisir d’agencer les couleurs sur de magnifiques dessins. Ses livres préférés ? Les carnets de cartes postales sur Paris, Tokyo et New York de Zoé de Las Cases et les Splendid Cities de Rosie Goldwin et Alice Chadwick, qui lui permettent de voyager à chaque coup de crayon ou de pastel. « Tant que je trouverai des carnets qui m’inspirent, je vais continuer à colorier. » Comme plusieurs, elle aimerait voir sur les tablettes des propositions plus éclatées : des plans de maison, des croquis d’architectes, des ébauches de robes de Jean-Paul Gaultier. D’autres m’ont avoué se retenir à deux mains pour ne pas gribouiller dans les bédés de Michel Rabagliati et Guy Delisle.

L’angoisse de la page blanche

Car quand on n’est pas une femme, et qu’on en a rien à cirer de colorier des chats, des sacoches, des souliers et des forêts enchantées, c’est tout un défi de trouver de quoi s’inspirer. C’est pourquoi Anabelle Soucy-Côté des P’tits mots-dits sort dans quelques semaines un livre à colorier pour grands enfants illustré par Eliane Berdat. Et que l’illustrateur québécois Martin Ruel, connu à la Brûlerie Saint-Denis pour les longues heures qu’il passe assis à colorier, a lancé à compte d’auteur en 2013 une série d’albums à colorier inspirés de son univers fou, onirique et unisexe. « Pour aimer colorier, faut vraiment que ton illustration te donne le goût de sortir tes crayons. J’suis pas sûr qu’il y a beaucoup de gars qui font des mandalas », me dit-il via Skype, pendant son séjour au Nicaragua. Le troisième de la série Cahier noir sort d’ailleurs chez Bayard en octobre.

« J’ai pensé relier mes illustrations quand j’ai réalisé que les gens avaient besoin d’un support, parce que la page blanche était trop angoissante pour eux. » Pour Martin Ruel, colorier a quelque chose de très libérateur et il encourage tout le monde à essayer. « Ce que j’aime et que j’espère surtout, c’est que les gens ne se contentent pas de juste colorier : qu’ils complètent le dessin à leur tour et laissent aller leur créativité », souligne-t-il en mentionnant qu’il laisse toujours des espaces dans ses dessins à cet effet.

Reste que pour la majorité d’entre nous, l’attrait réside dans le fait que cette activité est accessible (tsé, si des maternelles sont capables…), sans risque, où il y a peu de décisions à prendre, et où l’on peut très bien se contenter de rester entre les lignes. Une activité où tout ce qu’on fait est bien.

En théorie. Parce qu’en pensant retrouver tout le plaisir que j’avais, enfant, à colorier en mettant une trâlée de couleur sur un singe qui ressemblait à un extraterrestre, tiré de mon livre aux dessins pas inspirants, j’ai surtout réussi à contempler mon incapacité à faire d’aussi beaux dégradés que ceux de ma cousine, qui bossait avec enthousiasme sur un lapin. Après 20 minutes à soupirer, j’ai lâché les crayons, réalisant que le coloriage et moi, ça ne collerait pas. Alors que je n’étais pas du tout stressée, je ne me suis jamais sentie aussi peu qualifiée devant une activité qui ne requiert aucun talent.

Reste que c’est facile de voir pourquoi de nombreux adultes cherchent à retrouver leurs vieux plaisirs d’enfance, que ce soit de colorier, jouer à la corde à danser, au ballon chasseur ou faire des bracelets d’amitié avec du fil à broder. Les enfants savent comment s’amuser alors qu’on ne sait plus trop comment faire. Leurs jeux ne servent pas à panser les tourments : c’est la recherche du plaisir dans tout ce que ça a de plus innocent.

En soi, cette activité n’est pas un antistress. Ça peut apaiser, mais c’est une stratégie purement marketing. Colorier n’a aucun lien avec l’art-thérapie.

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